
Populations
Certains groupes démographiques constituent des publics prioritaires pour les politiques publiques de santé et d’insertion, en raison de la fréquence des situations de vulnérabilité qu’ils rencontrent. Expérience de l’exil et de la violence, barrage de la langue, exclusion et discriminations, inhospitalité et xénophobie : l’état de santé des exilé.e.s est affecté par de multiples facteurs de vulnérabilité.
Pour ces raisons, les équipes professionnelles du Comede accordent un accueil prioritaire aux personnes :
- En détresse sociale, définie par la présence au moins de 5 facteurs de vulnérabilité : Allophonie, problème d’hébergement, problème de séjour, isolement relationnel, pas de protection maladie, revenus inférieur au seuil CSS, problème pour s’alimenter, problème pour se déplacer /prendre les transports.
- Des groupes sociaux qui se retrouvent généralement au croisement de plusieurs vulnérabilités : les demandeurs d'asile, les femmes, les jeunes et Mineur·es Non Accompagné·es et les migrant·es âgé·es.
Retrouvez plus bas dans cet article les données spécifiques à chacun de ces groupes.
Les données du Comede
En 2024, l’équipe du Comede a effectué 25 802 actes (consultations, ateliers et réponses tél/mél) pour 10 208 personnes, nombre record dans l’histoire de l’association.
Les activités du Comede sont développées à partir des dispositifs en Ile-de-France (siège et Centre de santé à Bicêtre, locaux à Paris), Auvergne-Rhône-Alpes (Saint-Etienne), Provence-Alpes-Côte d'Azur (Marseille) et Guyane (Cayenne), ainsi qu'une partie en télétravail pour le Centre-ressources (permanences téléphoniques, formations et interventions, recherche et publications).
En 2024, les permanences téléphoniques représentent 25% du total des actes et 54% des bénéficiaires, et les activités d’accueil et de soins se répartissent entre Bicêtre (40% des actes, 27% des bénéficiaires), Cayenne (13%, 8%), Marseille (10%, 4%), Saint-Etienne (9%, 4%), et Paris (4%, 3%). L’approche pluridisciplinaire est effectuée en individuel et en collectif par les pôles social & juridique (47% des actes), médical (29%), santé mentale (17%), et prévention & promotion de la santé (6%).
Parmi ses 10 208 bénéficiaires, le Comede a notamment reçu en 2024 :
femmes
soit 47 %
demandeurs d’asile
soit 17 %
enfants mineurs
soit 9 %
migrants âgés
soit 9 %
En 2024, ces exilé.e.s déclaraient 139 nationalités, principalement d’Afrique de l’Ouest (total 26%, Guinée 7%, Côte d’Ivoire 7%), d’Afrique du Nord (21%, Algérie 14%), d’Afrique centrale (17%, Congo RD 9%), d’Asie du Sud (9%, Sri Lanka 5%), d’Europe de l’Est (7%), des Caraïbes (5%) et d’Europe de l’Ouest (5%).

Les demandeurs et demandeuses d'asile accompagné·es et reçu·es au Comede
En 2024, le Comede a accompagné 1 778 demandeurs d’asile (17%), dont 5 466 personnes dans le cadre des permanences téléphoniques et 2 801 personnes à Bicêtre et alentour.
La plupart des demandeurs d’asile ont subi des violences dans leur pays d’origine, durant le parcours, et/ou lors des premiers mois de leur arrivée en France. La précarité sociale et administrative imposée aux demandeurs d’asile induit fréquemment une souffrance importante, encore majorée pour les personnes « dublinées » par le risque de renvoi dans un autre pays européen sans pouvoir poursuivre les soins entrepris en France.
Les demandeurs d’asile représentent ainsi les trois quarts des personnes suivies en psychothérapie au Comede, 54% d’entre eux souffrant de troubles de la concentration, de l’attention et/ou de la mémoire. Plus fréquents chez les hommes, et particulièrement les hommes victimes de violence de genre, ces troubles peuvent entraver la capacité des demandeurs d’asile à mettre en récit leur parcours d’exil (convocations à l’Ofpra et à la CNDA). En raison de ces troubles, les personnes non francophones rencontrent également davantage de difficultés concernant l’apprentissage de la langue.
En matière d’épidémiologie médicale, les demandeurs d’asile partagent avec les autres exilés le poids des maladies chroniques (en premier lieu maladies cardiovasculaires et diabète) et à un degré moindre des maladies infectieuses (majoritairement les infections virales chroniques B et C), mais c’est dans cette population que la part des troubles psychiques graves est la plus importante.
Les femmes accompagnées et reçues au Comede
En 2024, le Comede a soigné et accompagné 4 764 femmes (47%), dont 2 595 dans le cadre des permanences téléphoniques, 1 165 au Centre De Santé et 1 004 dans les autres lieux de soins.
Les femmes ont plus souvent des enfants (37%, et sont plus souvent parentes isolées (17% PT).
Au Comede, si la totalité des patient·es s’affirme dans au moins un des critères de vulnérabilité, certains chiffres sont encore plus alarmants concernant les femmes. 21% des patientes reçues à l’accueil n’avaient pas un accès sécurisé à l’alimentation. D’ailleurs, 29% des patientes se retrouvaient en détresse sociale.
Ces chiffres sont plus élevés que dans le groupe des patients masculins.
Le parcours des femmes reçues au Comede est jalonné par les violences. Ces violences ont pu avoir lieu dans leur pays d’origine, durant le parcours, et/ou lors des premiers mois de leur arrivée en France. Parmi les patientes du Centre de santé, 74% des femmes ont déclaré des antécédents de violence et 55% des antécédents de violence liées au genre (définition OMS). Chez les femmes, les victimes de violences de genre sont significativement plus jeunes que les autres victimes.
Finalement, suite à ces parcours de violence on retrouve des symptômes de psychotraumatisme chez 36% des femmes du Centre De Santé.
Pour aller plus loin Lire l’article sur les mutilations sexuelles féminines "Tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines"
Les femmes qui s’adressent au Comede vivent dans des conditions d’hébergement très précaires. Seules 2% des patientes du Centre de santé bénéficient d’un logement autonome. Parmi les patientes du CDS qui bénéficient d’un hébergement, 36% sont hébergées « chez un tiers » (des situations qui mettent les travailleuses sociales en alerte en raison du risque d’hébergement contre « services sexuels »). Voir la Brève d’Exile « ça vous ferait plaisir un rouge à lèvre ? ».
En matière d’épidémiologie médicale, les femmes exilées sont plus souvent atteintes que les hommes d’infection à VIH (5 fois plus), maladies cardiovasculaires et cancers (x 2), ainsi que de troubles psychiques graves (x 1,6) et d’hépatite C chronique (x1,3)
Ressources sur l’accompagnement des femmes au Comede
Les enfants et mineur·e·s non accompagné·e·s reçus au Comede
En 2024, parmi les 10 208 personnes accompagnées par le Comede, on comptait 936 enfants mineurs (9%). Les mineurs sont de jeunes enfants (âge moyen 10 ans) récemment arrivé·es en France (1 an en moyenne), en butte à des difficultés d’accès aux soins hospitaliers. Il faut également noter que 97% des enfants mineur·es reçu·es au Comede n'ont pas de chez eux et que 60% sont sans protection maladie.
Au Centre de santé, les enfants et les MNA bénéficient d’un accueil prioritaire. Un bilan de santé est proposé lors d’un premier rendez-vous avec le ou la mineur·e qui peut être accompagné·e d’un·e interprète professionnel·le si nécessaire.
Les enfants mineur·es sont principalement atteint·es d’infection chronique par le VHB (taux global 68 pour 1000, plus élevé parmi les jeunes d’Afrique de l’Ouest), et de troubles psychiques graves (94, plus élevé parmi les exilés d’Afrique centrale et d’Asie centrale). La schistosomose urinaire est fréquente parmi les jeunes originaires d’Afrique de l’Ouest (taux global 30, Mali 89), ainsi que l’anguillulose parmi les Ivoiriens (32). La drépanocytose homozygote est également fréquente (taux global 25).
Par ailleurs, ces jeunes multiplient les facteurs de vulnérabilité qui nuisent davantage à leur état de santé. Par exemple, en 2024, 48% des enfants mineurs pris en charge dans les consultations avaient des problèmes d’hébergement. 51% d’entre eux ne pouvaient pas communiquer en français ou en anglais, 34% n’avaient pas mangé pendant les jours précédents la consultation et plus de la moitié n’avait pas de protection maladie (60%).
Ces facteurs de vulnérabilité sont d’ailleurs d’autant plus importants lorsqu’il s’agit de mineur·e·s déclaré·e·s « majeur·e·s », exclu·e·s de la protection et de l’Aide sociale à l’enfance.
Dans le rapport « La santé mentale des mineurs non accompagnés - Effets des ruptures, de la violence et de l’exclusion », paru en 2021, Médecins Sans Frontières et le Comede alertent sur les conséquences de la vie en exil et de la politique de non-accueil de la France sur la santé mentale des mineurs non accompagnés (MNA)
Consultez le rapport sur l'accompagnement psychologique des MNA.
Les personnes exilées âgées (60 ans et plus) accompagnées et reçues au Comede
En 2024, parmi les 10 208 bénéficiaires, les équipes du Comede ont accompagné 872 migrant·es âgé·es (9%) (60 ans et +) dans le cadre des permanences téléphoniques et des consultations.
Les personnes migrantes/exilées âgées constituent une population particulièrement vulnérable sur le plan de la santé, en cumulant les facteurs liés à l’exil et au vieillissement. Les conditions de vie et de travail, que ce soit dans le pays d’origine pour les personnes récemment exilées ou en France pour les « travailleurs immigrés », conduisent à un état de santé plus défavorable et à des situations de handicap plus fréquentes que pour la population autochtone de même catégorie d’âge.
Les exilé·e·s âgé·e·s pris·e·s en charge par le Comede sont souvent des personnes arrivées très récemment sur le territoire français (moyenne 4 ans, médiane 1 an). Elles sont pour moitié des femmes (51%). Les migrant·es âgé·es sont les patient·es du Comede le plus souvent hébergé·es chez un tiers (48% CS, 62% PT) et rencontrant des obstacles à la communication linguistique majeurs (45% sont allophones).
Ces dernier·e·s vivent dans des conditions d’hébergement très précaires. À titre d’exemple, 97% des patient·e·s du Centre de santé et 86% des bénéficiaires des Permanences téléphoniques n’ont pas de « chez soi ». Aussi, 25% des patient·e·s âgé·es déclarent vivre à la rue.
Cette population rencontre beaucoup de difficultés pour accéder aux soins : plus de 90% des exilé·e·s âgé·e·s disposent de ressources inférieures au plafond de la CSS et que 72% des patient·e·s n’ont pas de protection maladie.
Sur le plan médico-psuchologique, les exilé·e·s âgé·e·s en situation de précarité sont principalement atteint.e.s de maladies cardio-vasculaires, de diabète, d’infection chronique par le VHC et de troubles psychiques graves. On observe également un taux plus élevé de prévalence aux cancers et à l’insuffisance rénale chronique.
Les personnes âgées sont particulièrement sujettes aux troubles psychologiques. On estime qu’entre 67 et 80% des personnes âgées accompagnées par le Comede ont des troubles anxieux, 20 à 22% d’entre souffrent d’un état dépressif et 15 à 18% d’entre elles ont des troubles psychiatriques autres*. Cette grande vulnérabilité face aux troubles psychiques s’explique à la fois par le chemin d’exil pavé de difficultés et de violence, mais aussi parce que les personnes âgées sont davantage touchées par la précarité, le non-logement et l’isolement social. De plus, l’âge avancé est une source de stress pour ces personnes qui peinent à envisager leur avenir en France.
"la Voie des ancien·ne·s" : le podcast qui donne la parole aux personnes âgées accompagnées par le Comede.
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Premier épisode "Aïssatou, parcours d'une femme guinéenne" :
Au total, depuis 1979 le Comede a soigné et accompagné 199 136 personnes bénéficiaires.





